En cette fin d’une année 2020 inédite dans l’histoire de l’humanité — rien de moins ! —, la quatre-vingt-troisième livraison d’Histoires littéraires s’intéresse à la jeunesse et se déporte vers l’Ouest. Juliette Azoulai ouvre le bal en examinant la façon dont des auteurs naturalistes du dernier tiers du XIXe siècle tels que les Goncourt et Zola se montrent intéressés dans leurs romans par la puberté des jeunes filles et tout ce qu’elle draine en termes d’imaginaire de la métamorphose sexuelle. Du côté de la poésie, Jérôme Solal se penche sur les débuts d’un Paul Verlaine et sur la manière dont, autre genre de métamorphose, il signe ses premières publications et en vient progressivement à devenir le poète auquel on a récemment songé à infliger le Panthéon. La notoriété peut coûter cher, de même que certains engagements de jeunesse, au point de valoir plusieurs morts à ceux qui s’en seraient rendus coupables. Ainsi Seth Whidden répertorie-t-il, en produisant une série de documents rares, les multiples disparitions (dix, tout de même…) du communard Eugène Vermeersch, en particulier durant son exil en Grande-Bretagne. Daniel Grojnowski offre ensuite à la table des matières de cette livraison une note plus comique, due aux inventives fumisteries d’un Alphonse Allais bien moins impliqué politiquement que ne le fut Vermeersch. Le numéro penche ensuite plus résolument vers la gauche de la carte… Alors que Mathilde Ollivier nous convie en Loire Atlantique pour nous faire découvrir la maison de Julien Gracq, un peu plus au Sud, Hugues Wissocq revient sur un séjour d’Alain-Fournier à Rochefort dont les circonstances n’ont selon lui pas été dûment rapportées dans la récente édition des œuvres de l’écrivain dans la « Bibliothèque de la Pléiade  ». Au rayon des raretés et inédits, Julien Bogousslavsky emmène nos lecteurs au pays du surréalisme en présentant à l’appréciation des amateurs de livres investis par l’image, le tirage sur japon des Pieds dans le plat de René Crevel et Alberto Giacometti, tandis que Laurence Le Guen nous présente au rayon des « Loisirs de la poste » un joli collage animalier en couleur adressé par Jacques Prévert à la photographe Ylla, avec laquelle il a publié des livres pour la jeunesse, en accompagnement d’un billet de vœux de Noël qui tombe à pic à l’approche des fêtes de fin d’année. Dans leur rubrique toujours très attendue, notamment des amateurs de coups de griffes, Jean-Paul Goujon et Éric Walbecq passent en revue ces catalogues de ventes qui font la joie des amateurs et le bonheur de certains portefeuilles à travers des pièces exposées pour être mises aux enchères. Les expositions consacrées à la littérature aiment particulièrement les pièces rares, comme nous le rappelle Laurence Boudart dans un long entretien à l’occasion duquel elle évoque les difficultés, les responsabilités et les plaisirs que revêt l’organisation d’expositions par une institution comme les Archives et musée de la littérature qu’elle dirige à Bruxelles. Restent encore les évocations d’expositions de la rubrique nouvellement baptisée « En visite », où l’on découvre certains documents surréalistes de l’IMEC, une évocation de la récente exposition consacrée à Pascal Quignard, dans la Galerie des donateurs de la BNF, et enfin l’exposition de l’oulipienne et plasticienne Clémentine Mélois à qui l’on doit le détournement facétieux qui figure en couverture de ce numéro.

Sommaire Histoires littéraires n°83

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