À l’entame de cette cent-cinquième livraison d’Histoires littéraires, au rayon des « Loisirs de la poste », Michel Brix nous propose deux lettres de Gérard de Nerval à Hippolyte Delaunay, – directeur de la revue parisienne L’Artiste sous la Monarchie de juillet, – auprès duquel il cherchait à publier au sujet de son séjour à Vienne. Julien Bogousslavsky nous livre ensuite une réflexion sur la manière dont Balzac peut apparaître comme un précurseur des troubles désignés un temps sous le terme d’« hystérie ». Dans la série des « miettes baudelairiennes » que la revue cultive à plaisir, Jean-Paul Goujon expose le contexte de la parution d’une chronique publiée dans Diogène en 1861 et signée Ernest d’Hervilly, qui se montre dans ce texte particulièrement enthousiaste et audacieux dans la défense de l’auteur des Fleurs du mal, dans un journal qui ne lui était pourtant pas systématiquement favorable. C’est à remettre en cause une attribution à Alphonse Allais d’un poème qu’il n’a manifestement jamais écrit, – « La complainte amoureuse d’un puriste », – mais qui lui a été longtemps attribué que se consacre Camille Perrin dans sa contribution (nous réservons à la lecture de l’article la découverte de l’auteur véritable). Patrick Besnier présente ensuite une série d’interventions mondaines de Rostand, dans des circonstances publiques intéressantes, partie complètement méconnue de son théâtre, et pas mal décriée à l’époque. Nouvelle incursion dans les affaires épistolaires des écrivains, avec une enquête fouillée de Simon de Gavre sur la correspondance publiée entre Antonin Artaud et Jacques Rivière. Au terme d’une argumentation serrée, l’auteur s’emploie à mettre en évidence le caractère factice de certains aspects d’éléments de ces échanges épistolaires, recomposés à certains égards en dépit des affirmations d’authenticité parfaite voulues par Artaud. Olivier Barrot mobilise cette fois ses souvenirs de lecteur et d’ami pour proposer un portrait d’Henri Pichette, inoubliable auteur des Apoèmes et des Épiphanies. Inaugurant une nouvelle rubrique, « Aérolithes », qui aspire à présenter aux lecteurs et lectrices d’Histoires littéraires des ouvrages insolites ou improbables, Jan Baetens se penche sur l’ Anthologie de la poésie naturelle éditée par Camille Bryen et Alain Gheerbrant chez K éditeur, en 1949, soulignant sa singularité dans le choix des types de textes proposés, et ce qu’il indique de leur conception de la poésie « naturelle », autant que dans la maquette de l’ouvrage. S’agissant des entretiens, le « Contrepoint » contemporain nous est cette fois proposé par Nathalie Quintane, ici interrogée par Marc-Antoine Blais & Quentin Cauchin, auxquels elle répond avec son intelligence et son franc-parler coutumier, tandis qu’Emilien Sermier adresse ses questions à Anthony Glinoer à propos de son livre récent sur la façon dont se construisent les classiques littéraires. Jean-Paul Goujon et les jeux de massacre de sa légendaire chronique ne manquent bien sûr pas au rendez-vous de ce numéro, pas plus que les habituels comptes rendus, dans lesquels les lecteurs et lectrices trouveront du Raymond Roussel, du Saint- John Perse, de la romance, du Henri Michaux ou encore du Jean Paulhan et du Jacques Rivière (leur correspondance). Bref… que du beau monde, comme à l’accoutumée…
