L’éditorial du n°48

Né en 1870 et mort en 1925, Pierre Louÿs ne vécut donc que 55 ans, mais on peut dire sans exagération qu’il mit âprement à profit la vingtaine d’années de sa vie littéraire (1889-1922, approximativement) pour couvrir de son écriture des milliers de feuillets, dont beaucoup restent inédits. Sans parler en effet de ses œuvres publiées, qui forment cependant quatorze volumes dans l’édition Montaigne (1929-1930), il existe quantité de manuscrits de textes non publiés, plus ou moins achevés. Faut-il par ailleurs rappeler l’importance de son énorme correspondance, elle aussi en grande partie inédite ? On connaît ses lettres à son frère Georges Louis, mais le choix de mille lettres qui en a été ublié ne représente sans doute que la moitié environ de cette correspondance. Il faudrait aussi évoquer ses échanges épistolaires avec Farrère, Lebey, Loviot, Quillot, Curnonsky et bien d’autres. Enfin, son œuvre érotique est, elle aussi, encore en partie inconnue, et l’on sait qu’elle est d’une ampleur peu commune. Nous disposons d’un grand nombre de correspondances et de documents, également jamais publiés, sur son enfance et sa jeunesse. Tout cela représente une masse imposante, dont nous publions ici un choix, qui permettra d’apprécier la variété des sujets abordés, l’ampleur et la diversité des connaissances de Louÿs, ainsi que ses dons remarquables d’épistolier.

Nous avons divisé ce dossier en deux sections. La première, établie par Philippe Chauvelot, rassemble des textes et des documents relatifs à l’enfance et aux débuts de Louÿs, et apporte un éclairage nouveau sur toute cette période. On y voit le jeune Louÿs – ou plutôt Louis – au milieu de sa famille et prenant progressivement conscience de sa vocation littéraire. L’écriture, même si elle se limite souvent à la correspondance, est déjà pour lui une seconde nature. La seconde partie, rassemblée par Jean-Paul Goujon, offre des lettres à des personnalités fort diverses, choix complété par un lot de lettres reçues par Louÿs. Ces deux volets ont mesurer l’importance de la correspondance dans la vie de l’homme et de l’écrivain. Suit un autre choix d’écrits inédits, qui montre la variété des curiosités de Louÿs, auquel nul domaine de la connaissance ou de l’activité humaine ne semble avoir été étranger. Comme complément, on trouvera un article analysant le dossier inédit constitué par l’écrivain sur la Vénus hottentote, un autre transcrivant des notes de folklore enfantin, et enfin un amusant contrat avec sa maîtresse Zorah bent Brahim. Tout cela peut, croyons-nous, contribuer à modifier l’image que l’on avait jusqu’ici d’un écrivain en qui l’on n’a voulu voir que l’auteur « néo-grec » des Chansons de Bilitis et d’Aphrodite, ou l’insurpassable pornographe de Trois filles de leur mère. Certes, Louÿs fut – et avec quelle ardeur ! – l’un et l’autre, mais il fut également, et en même temps, bien autre chose : un chercheur curieux, un humoriste, un critique littéraire et musical, un historien, un folkloriste, un épistolier, un archéologue, un linguiste, un amoureux parfois compliqué, bref  un écrivain et un homme assez complets.

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